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Homme déconstruit
b3y0nd

Terminé.


L'histoire tourne à vide et est au final sans intérêt. Suite aux chapitres 8 et 9 je m'attendais vraiment à une apothéose d'absurde et de surréalisme à la fin servie par un discours implicite sur l'absurdité et le symbolisme plus ou moins bidon de chaque histoire que nous nous racontons. En ce sens j'ai beaucoup apprécié la littéralité absolue dans tous les éléments narratifs du jeu (les noms , les personnages qui portent un masque parce qu'ils ont quelque chose à cacher lol, les références sans filtre à d'autre œuvres ou procédés narratifs) et en poussant les codes dramaturgiques à fond tu permets de déconstruire en montrant son paroxysme toute l'armature cousue de fil blanc de n'importe quelle intrigue (car en soit le principe du fusil de Tchekhov même bien caché ça n'a aucun sens). A ce titre le chapitre 9 est incroyable car il joue de tout cela au maximum et ridiculise totalement l'artificialité intrinsèque de toute mise en scène. Le ridicule qu'il se jette sur lui même est un ridicule qu'on peut appliquer à n'importe quel série / film ou autre ex : et bon de manière générale il y a mille exemples. Ce n'est que différence de degré mais jamais de nature. Tout comme Seydoux dont la ligne résume très bien tout le projet de la partie filmée du jeu jusque là. Je me répète mais je trouve ça génial d'utiliser tous les éléments du cinéma, jusqu'à aller chercher des acteurs hollywoodiens, pour pointer littéralement du doigt et se rire des procédés filmiques de manière générale. En allant plus loin je dirais même qu'étant donné que la majorité des émotions se produisent lorsque tu joues (j'y reviendrai) ça aurait pu être un discours définitif sur un certain passage de témoin entre les deux mediums dont l'un, plus brut, organique, et moins intellectualisant, supplanterait totalement l'autre dans sa capacité à émouvoir (je pense que c'est plus ou moins avec ce pitch ou en tout cas cette idée qu'il a convaincus les acteurs de prendre part au projet.)


Malheureusement ça manque de couilles et le jeu fait un 360 sur sa (longue) fin et retombe dans un truc très classique, sérieux et conventionnel qui n'a aucun intérêt. Le jeu repasse sur le mode cinématiques pour susciter des émotions authentiques mais bien évidemment ça ne marche pas et on tombe dans des explications capillotractées, donc logiques mais totalement osef, pour expliquer l'univers et sa cohérence interne de manière très procédurale. Ça part sur des twists et des séquences tire larmes qui sont plus de l'esbroufe qu'autre chose, alors que typiquement dans le prolongement de ce que j'ai écrit plus haut il aurait été bien plus intéressant d'éventer totalement les twists en question ou alors de les désamorcer là encore en les ridiculisant (et en ridiculisant le procédé du twist en général) plutôt que de compter dessus pour interloquer et clore l'expérience (ça ne marche pas). Vraiment étrange que le jeu change totalement d'orientation à ce moment là mais c'est sans doute un manque de courage car je pense qu'il savait très bien ce qu'il faisait jusque là mais je comprend que ce soit chaud de pousser l'expérimentation jusqu'au bout du bout.


Reste une proposition de jeu formidable dans laquelle passent toutes les thématiques abordées dans les cutscenes (à dessein bien sur) et qui active des sensations et des réflexions très rares pour un JV. J'ai par exemple vu un mec qui comparait DS au "plaisir" qu'on peut prendre à maîtriser Excel et dans certaines dimensions c'est pas si faux, le jeu est vraiment très intéressant mais d'une autre manière que des titres d'action aventure classiques. Je me rappelle par exemple par coeur de la map et je peux dire de tête où sont les structures ,les chemins, etc etc car ce sont des infos que j'ai du en permanence prendre en compte et modifier dans l'établissement et l'optimisation de mes trajets. Très belle expérience esthétique de même, avec sans doute les décors les plus fous de cette gen et des phases d'ébahissement complet devant ce qui se déroule à l'écran, s'accompagnant d'un sentiment de liberté et d'appel de la nature incroyable. Je me souviendrais très longtemps de ces treks solitaires à flanc de montage pepe_feelsgood


Mon jeu de la gen jusqu'au chapitre 9 donc (mais pas en absolu ça restera The Witness), avec un décalage constant par rapport aux procédés classiques de mise en scène et une générosité sans failles pour le joueur qui est face à une expérience qui se transforme en permanence et de multiples surprises et grands moments. Tout s'effondre malheureusement un peu sur la fin, sans doute un peu par manque de courage devant la potentialité de ce qui pouvait être accompli. Dommage mais superbe expérience tout de même, bien qu'elle soit bancale et inaboutie. Je pense que c'est aussi car l'équipe voulait rebondir très vite suite à l'affaire Konami et boucler une sorte de jeu-manifeste avant la fin de la gen, et il faut bien constater que sur ce point là, vu le départ de zéro y'a 3 ans et demi, c'est un formidable tour de force.